Dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, la star, c’est le Père Lachaise. Grand, imposant, rempli d’une faune et d’une flore insoupçonnées. Formant ainsi une forêt intra-muros. Pourtant, un peu plus à l’est, la Ferme – urbaine – de Charonne ne démérite pas. À l’heure des incessantes canicules, un îlot de verdure supplémentaire ne se refuse pas.
Cette fois, pas de forêt urbaine. Les arbres se font rares, au profit de serres et de plants hors-sol. Il faut bien réussir à cultiver à Paris, avec une météo parfois capricieuse et la pollution étendue jusqu’au sol. Le Paysan Urbain l’a bien compris. C’est ce qui lui a permis de gagner en 2020 l’appel à projet Les Pariculteurs pour revaloriser le site du réservoir de Charonne.
Entre micro-pousses et réserve d’eau
Ici, l’air est frais, charrie de bonnes odeurs et l’ambiance est conviviale. La tête d’affiche : la micro-pousse. Plutôt, les – nombreuses – micro-pousses. Ces plantes ont été cueillies alors qu’elles n’avaient développé que leurs deux premières feuilles. On les nomme cotylédons. En cuisine, elles sont très appréciées pour leurs saveurs plus concentrées que celles des plants pleinement développés. Mais la Ferme de Charonne renferme d’autres trésors. Parmi eux, des plantes aromatiques et médicinales (PAM), des fleurs à bouquets, un étang… Et même des poules. Sans parler des moutons qui viennent tondre de temps à autre.

Entre les plants, trois tourelles sortent de terre. Détail incongru au reste du paysage. Si l’imagination nous emporte, on pourrait croire qu’il s’agit de l’entrée de la Chambre des secrets où loge le basilic. Les portails mènent au réservoir de Charonne. Cette réserve d’eau non potable a été créée dans la lignée d’Haussmann, à la fin du XIXe siècle, pour alimenter les points hauts de la ville. De l’ancien charnier, 800 squelettes révolutionnaires ont alors été exhumés. Le réservoir stocke aujourd’hui l’eau de la Marne pour le nettoyage des voiries.
Le Paysan Urbain et son réseau de fermes
La Ferme de Charonne repose sur quatre piliers : la production locale et agroécologique, l’inclusion et la mixité sociale, la pédagogie et la formation et, enfin, la protection de la biodiversité. Une ligne directrice établie par le Paysan Urbain.
L’organisme initie depuis 2018 et son premier site marseillais un réseau de fermes urbaines agro-écologiques. Ses objectifs sont multiples, le premier étant évident : développer une agriculture locale et responsable. Pour les habitants du 20ᵉ arrondissement, difficile de faire mieux. Le but est également de mettre en avant une solution pour la transition écologique. L’organisme a par ailleurs des visées sociales : il crée des emplois pour les personnes en difficulté et encourage le vivre-ensemble. Le réseau s’étend aujourd’hui entre Marseille, Paris et Lyon.