Garder une trace du passé, ne pas l’oublier, pour ne pas effacer la mémoire des opprimés. C’est en partie le rôle des archives. Garder, conserver, classer pour ne pas faire fi de ce qui est révolu. Ainsi, pour concrétiser cette fonction, les Archives de Bordeaux Métropole proposent des résidences d’artistes qui choisissent de matérialiser des documents classés.
C’est ce qu’a fait Capucine Vever, artiste plasticienne, qui a fait le choix de parler du passé du fleuve qui traverse Bordeaux : la Garonne. Elle propose ainsi deux œuvres, “Les Ducs d’Alvaa” et l’œuvre sonore polyphonique “Les Troubles de la Garonne”. Elles ont toutes les deux été réalisées autour d’une thématique commune : les injustices portées par ce cours d’eau. Un fleuve qui a vu de nombreuses persécutions et qui, pourtant, n’en garde aucune trace visible.
Au XVIIIᵉ siècle, les rives n’étaient pas encore bétonnées et surélevées. Les abords de la Garonne étaient alors à ras des habitations. Les quais de Bordeaux ressemblaient donc davantage à un port commercial qu’à un espace pour les piétons, tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Certains documents d’archives utilisés pour la réalisation de ces deux œuvres témoignent de la place déterminante que le fleuve, en tant qu’axe de transport, a joué dans le développement de la ville, à la fin du XVIIIe siècle, via le commerce triangulaire. Par le commerce triangulaire, Bordeaux a en effet approvisionné une grande partie de l’Europe en café, cacao, sucre, coton et indigo, jusqu’à devenir le premier port français et le deuxième mondial après Londres.
Les troubles de la Garonne et les Ducs d’Alvaa
À travers son œuvre sonore polyphonique “Les Troubles de la Garonne”, Capucine Vever met en musique et en parole, par la voix de Bénicia Makengélé, des textes issus des archives, en mémoire à ce passé qu’il ne faut pas oublier. L’interprétation des documents d’archives par la voix se fait l’écho d’histoires individuelles et micro-récits de personnes ayant eu recours ou subi la traite négrière.
L’œuvre “Les Ducs d’Alvaa”, quant à elle, est constituée de 11 colonnes en terre cuite émaillée au limon de la Garonne, imitant les poteaux d’amarrage appelés “Ducs-d’Albe”. Ce terme fait référence à une période d’oppression au XVIe siècle, lorsque Fernando Alvarez de Toledo fut à l’origine d’une répression sanglante contre les protestants. Durant la révolte des Pays-Bas qui s’ensuivit, les marins hollandais lançaient les amarres contre les pieux en criant « Duc d’Alvaaa » imaginant, par vengeance, qu’ils enroulaient le cou du duc espagnol.
Les deux créations de Capucine Vever sont à retrouver au Jardin Botanique pour les “Duc D’alvaa” et aux Archives de Bordeaux Métropole pour “Les Troubles de la Garonne.