Clermont-Ferrand vient de se découvrir un nouveau sésame littéraire : au détour d’un couloir de bus ou d’un abribus, un QR code attend patiemment d’être scanné. Une pression du pouce, et voici le passager propulsé dans le premier chapitre d’un roman fraîchement sélectionné par les bibliothécaires métropolitains. Sur le réseau T2C, le trajet n’est plus seulement un déplacement ; il devient une porte d’entrée vers la lecture, gratuite et immédiate. L’initiative, sobrement baptisée « Premier Chapitre », a été lancée début juillet 2025 par Clermont Auvergne Métropole et le SMTC-AC, gestionnaire des transports urbains.
Quand le bus se fait bibliothèque ambulante
Les autocars et tramways de l’agglomération se sont couverts, presque du jour au lendemain, de stickers vert anis où trône un QR code. Il suffit de pointer son smartphone pour accéder à une cinquantaine d’ouvrages renouvelés chaque mois : romans, polars, bandes dessinées ou encore essais jeunesse.
Le passager peut lire en streaming le premier chapitre pendant le trajet, puis réserver le livre – version papier ou numérique – dans l’une des 18 bibliothèques du réseau métropolitain. Cette passerelle lecture-mobilité fait écho à la candidature clermontoise au label « Bibliothèques numériques de référence ».
Des partenaires locaux au diapason
Au-delà du duo Métropole-SMTC, l’opération mobilise éditeurs auvergnats, libraires indépendants et le service Lecture publique, déjà rodé à la mise en ligne d’extraits sur son portail depuis 2021. Les maisons comme La Poule Qui Pond ou Les Volcans fournissent leurs nouveautés à un tarif préférentiel, séduites par la promesse de toucher un public « captif » : les 140 000 utilisateurs quotidiens du réseau T2C. De leur côté, les bibliothécaires piochent dans leurs coups de cœur pour composer la sélection mensuelle, histoire d’éviter le piège du best-seller imposé. Selon le SMTC-AC, le coût d’habillage des véhicules reste modeste : moins de 0,05 € par usager couvert sur la première année. 7 Jours à Clermont
Les premiers retours des voyageurs
À l’arrêt Ballainvilliers, Andréa, 27 ans, raconte qu’elle a découvert ainsi un polar de Sonja Delzongle : « Je n’aurais jamais franchi la porte de la bibliothèque pour ça. Là, j’ai lu trois pages entre Jaude et La Pardieu… et j’ai réservé le livre avant ma correspondance. » Même son de cloche pour Marc, retraité : « Je n’ai pas de liseuse, mais mon téléphone fait l’affaire. Le QR code m’a rappelé le kiosque à journaux de mon enfance, version 5G. » Pour la Métropole, ces témoignages incarnent l’objectif premier : transformer un temps perçu comme inutile en expérience culturelle, dans une ville où l’on passe en moyenne 47 minutes par jour dans les transports.
Mode d’emploi
Le service se veut d’une simplicité désarmante : repérez le QR code (en général près des plans de ligne ou des portes centrales), scannez-le, choisissez votre livre parmi la sélection, puis faites défiler le texte. Aucune inscription n’est requise ; seule une connexion 4G ou Wi-Fi suffit. Un bouton « Réserver » apparaît en fin de chapitre ; il mène directement au catalogue des bibliothèques où l’on peut réserver un exemplaire physique ou prolonger la lecture en version numérique. Les extraits restent consultables pendant 48 heures, histoire d’éviter l’effet placard numérique.
Astuce : si la lecture sur smartphone vous fatigue, passez en mode « police dyslexie-friendly » accessible dans les paramètres. Pratique pour les enfants ou les adultes qui découvrent la lecture sur écran.
Au-delà de la prouesse technique, « Premier Chapitre » sert aussi de coup de projecteur sur l’écosystème local du livre : les libraires voient déjà pointer de nouveaux clients, tandis que les éditeurs régionaux savourent une promotion inespérée dans chaque bus. Clermont-Ferrand, autrefois réputée pour ses volcans fumants, pourrait bien devenir la capitale du « commuting littéraire ». Reste à savoir combien de lecteurs franchiront le pas du prêt ou de l’achat ; la Métropole publiera ses premiers indicateurs d’ici fin 2025. D’ici là, on peut parier que le seul risque sera de rater son arrêt, happé par une intrigue – mais après tout, c’est le plus délicieux des retards.
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